La Plume du Geai

Tradition Culturelle et Patrimoine

Le vin, une source d'inspiration : Visite des Caves BYRRH

Écrit par Jody Lou

Illustration

Hello tout le monde !

Puisque j'entreprends une nouvelle aventure, autant opter pour un sujet qui sort un peu de l'ordinaire. J'ai donc choisi de vous faire part d'une visite faite cet été près de chez moi, le musée des Caves BYRRH à Thuir. Vous avez sûrement déjà entendu parler de ce célèbre vin d'apéritifs qui a connu un grand succès au début du XIXe siècle. Je ne compte pas vous refaire toute l'histoire de la marque (le musée existe pour ça). Ce que j'ai envie d'aborder, ce sont les raisons qui m'ont poussée à me retrouver dans ce musée et l'inspiration qu'il a suscité en moi. Juste avant, laissez-moi, faire une petite présentation des débuts de cet empire révolu.

Une histoire de famille

Il était une fois… Septembre 1866.

Simon et Pallade Violet, deux frères des Pyrénées-Orientales, ouvrent, une boutique dans le village de Thuir. Ayant l'intuition qu'il était judicieux de s'implanter sur le marché viticole, ils décident de vendre une boisson de vin, élaborée par Simon lui-même, exposée comme un élixir fortifiant composé d'herbes médicinales, tout en continuant leur commerce initial du drap et de la mercerie. Le breuvage a du succès. Beaucoup de succès. Cependant, étant présenté comme un médicament à base de quinquina, cela leur attire les foudres des pharmaciens.

Février 1873… La naissance d'une marque.

Après le long procès intenté par l'Ordre des Pharmaciens de Montpelier contre les frères Violet pour concurrence déloyale, ils se retrouvent dans l'obligation de modifier (légèrement) la recette et de changer l'identité de leur marque de vin. Ainsi, ils choisissent un nom court, intrigant et mémorable, dont la syllabe du début ressemble au mot “vi” (à prononcer [bi]) qui signifie “vin” en catalan. BYRRH voit le jour et commence son ascension vers la célébrité planétaire.

Trente hivers plus tard… Le Grand Concours de 1903

Comme chaque samedi, le journal Le Monde Illustré est distribué. Le numéro du 28 février 1903 annonce une nouvelle inédite : Lambert Violet, successeur de la société BYRRH, ainsi que sa femme Marie, organisent un concours d'affiches ouvert à tous dans le but de plébisciter leur vin apéritif “BYRRH Tonique et Hygiénique. À base de vins généreux et de quinquina”. C'est une grande opportunité pour de nombreux artistes : professionnels et amateurs envoient leur œuvre aux caves de Thuir. Quelques milliers d'esquisses venues du monde entier ont été reçues ! C'est Joan Cardona, artiste catalan, qui gagne le premier prix du concours. À la même époque, Georges Léonec, un illustrateur humoristique, démarre une collaboration avec la maison BYRRH. Il ne le sait pas encore, mais cette aventure avec la famille Violet se poursuivra pendant près de 30 ans…

Un patrimoine viticole et industriel des Pyrénées-Orientales

J'espère avoir éveillé votre curiosité et donné envie d'en apprendre plus sur l'histoire de cette famille, leur succès et les raisons qui les ont poussés à vendre en 1960. Si vous souhaitez visiter, davantage d'informations sont disponibles sur leur site. Pour ma part, j'ai choisi de faire la visite guidée pour être sûre d'avoir des anecdotes et elle s'est conclue par une dégustation de l'ancienne recette au quinquina.

Les 19 et 20 septembre, à l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine, il est possible d'explorer librement et gratuitement les Caves BYRRH, dont la Gare Eiffel, que je n'ai pas pu voir lorsque je m'y suis rendue. Le fait qu'elle ne sera ouverte au public que ce week-end là et le programme prévu pour cet événement me donne envie d'y retourner ! Ce qui a surtout attiré mon attention, c'est le rallye photo qu'ils organisent. Un peu comme un clin d'œil au concours d'affiche de 1903, mais en version instantanée. Il est même mentionné que les participants auront droit à un cadeau surprise. Cela peut être l'occasion de (re)découvrir un lieu emblématique tout en partageant un moment convivial.

Pourquoi suis-je allée visiter une cave à vins ?

Lorsque l'on évoque la France, bien souvent, c'est la représentation du français avec son petit béret, sa baguette de pain et son verre de vin à laquelle on pense en premier. Pour ma part, vivant dans les Pyrénées-Orientales, l'image qui me vient à l'esprit est toute autre. C'est la culture catalane qui m'inspire. Je m'imagine un homme coiffé d'une barretina rouge, accompagné de son âne catalan et buvant un bon rouge au porró traditionnel catalan.

Dans ces deux représentations, un élément reste constant : le vin. Cet alcool est très ancré dans la culture française et dans celle de nombreux pays. Le patrimoine local du Sud de la France n'y échappe pas, surtout que la vigne fait partie intégrante du paysage. Les frères Violet l'ont bien compris à l'époque et ont fondé une marque qui les mènera à devenir un des acteurs incontournables de la chaîne vitivinicole de la région. Je vis depuis plusieurs années près d'un musée sur l'industrie œnologique, dont une partie abrite la plus grande cuve en chêne du monde, inscrite au titre des Monuments historiques en 2020. Pourtant, je n'ai jamais eu l'occasion de le visiter. Non pas que je sois une grande amatrice de vin et, pour être honnête, mes connaissances sur le sujet sont plutôt limitées. Mais je trouve fascinant la cohésion sociale et culturelle que ce breuvage est capable de susciter.

Septembre étant traditionnellement le temps des vendanges, c'est le moment idéal d'en apprendre un peu plus sur la transformation du raisin en cette boisson fermentée, qui se trouve avoir une place importante dans divers domaines de nos vies. Puisqu'il faut bien commencer quelque part, j'ai choisi d'aller découvrir le musée des caves BYRRH. Cela me semble être une manière plus dynamique et plus humaine d'entrer dans le bain, que d'entamer la recherche d'informations en plongeant le nez dans les papiers sans trop savoir par où commencer ses investigations. Les avantages de ce musée, c'est que nous n'avons pas besoin d'être de fins spécialistes dans le domaine pour le visiter et que, pour les amateurs d'art, l'illustration y est omniprésente.

L'illustrateur, le cœur battant d'une entreprise

Lors de la visite, je comprends assez vite que la famille Violet était fin stratège en matière de communication publicitaire. Leur entreprise a très souvent collaboré avec de nombreux artistes (Georges Léonec, Juan Cardona, etc), car ils semblent avoir conscience de la valeur que peut apporter un illustrateur dans la mise en avant de leur marque. Un bel exemple de la complémentarité “entreprise & illustrateur”, c'est la relation vertueuse née entre BYRRH et Georges Léonec. Ce dernier apporte une touche d'humour dans ses œuvres, permettant à la société de se démarquer tout en marquant les esprits.

L'illustration n'est pas seulement un outil dont le but est de promouvoir leur produit, c'est aussi l'art de communiquer sur leurs valeurs. Le fils de Simon Violet était un entrepreneur et un visionnaire. Il tenait un carnet d'idées assez futuristes pour l'époque (c'est d'ailleurs impressionnant de voir que certaines se sont effectivement bien réalisées). Elles ont été illustrées pour être ensuite publiées sous forme de cartes promotionnelles : “24 Regards sur l'avenir”. L'illustration, ici, est un moyen de véhiculer l'image d'une entreprise tournée vers l'avenir, souhaitant évoluer vers le progrès. Ces cartes sont exposées dans la section “Visionarium” du musée, qui est, je dois l'avouer, la partie de la visite que j'ai préférée.

De nombreuses iconographies et récits historiques montrent que la vigne et le vin ont longtemps inspiré les artistes. Je me demande si la quantité d'esquisses que Lambert Violet a reçue lors du concours, tenait du fait de la renommée de la marque ou si c'est plutôt le thème stimulant qui a suscité leur créativité ? Quoi qu'il en soit, certaines de ces affiches sont visibles au musée et même déclinées en cartes postales dans la boutique. Je m'en suis d'ailleurs procuré quelques-unes en guise de source d'inspiration. J'ai choisi le format carte postale, puisque c'est pratique à ranger et plus simple pour comparer leurs compositions, les choix iconographiques, etc.

Je crois que je peux dire de l'industrie BYRRH, qu'elle a eu un rôle de soutien pour deux domaines pouvant être complémentaires : l'art de la vigne et l'illustration. Pour ma part, en dehors de quelques notions en matière viticole, je suis repartie de cette expérience avec un élan de créativité remonté à bloc.

Une inspiration soudaine

Une fois rentrée chez moi, j'avais très envie de dessiner. Je ne savais pas encore exactement quoi. Mais avant de commencer quoi que ce soit, je me suis préparé un cocktail selon la recette conseillée lors de la dégustation. C'est lorsque j'ai posé la bouteille et le cocktail près d'une plante que l'idée d'une composition m'est venue. J'en ai fait le croquis avant de l'oublier, annotant dessus la palette de couleur qui s'est imposée d'elle-même. Est-ce que je laisse tel quel ou est-ce que je prends le temps de réfléchir à d'autres éléments à ajouter ? Étant donné que je souhaite rester sur un format A5, mettre davantage de détails reviendrait à surcharger l'image…

Choix des éléments et des couleurs :
  • Bouteille de vin et le verre d'apéritif au centre, c'est le sujet de l'illustration ;
  • Fond noir ou très foncé pour faire ressortir les couleurs globales ;
  • Plante verte en arrière-plan pour faire ressortir le rouge du vin ;
  • Motif d'encadrement ou non ? Si j'en ajoute, elles auraient un style qui s'inspire de l'Art nouveau et de l'Art déco ;
  • Grappe de raisin ou non ? Cela risque de charger l'affiche en information… ;
  • Texte : BYRRH, pour donner un aspect carte souvenir de la visite du musée.

C'est ainsi que d'une simple visite, est née une de mes inspirations sur le thème du vin. L'avantage d'avoir dessiné sans trop réfléchir, c'est que je me suis rendue compte de deux choses : je dois vraiment apprendre à maîtriser l'aquarelle pour le fond et je ne me suis pas simplifiée la vie en choisissant de représenter du verre.

Après ce dessin, énormément d'autres idées me sont venues. J'ai également très envie de me plier à l'exercice du concours de l'époque, dont les consignes étaient : “Réaliser une affiche pour la publicité Byrrh. Le format de l'esquisse sera de 45x65, avec en mentions obligatoires : BYRRH, en lettres capitales “tonique, hygiénique, à base de vins généreux et quinquina””. Cependant, dessiner pour dessiner, c'est bien pour s'entraîner, mais ne serait-il pas judicieux de suivre cet exercice en réinterprétant les directives selon la vision de l'alcool dans la société aujourd'hui ? Qu'en pensez-vous ?

Le vin : un sujet vaste, riche et complexe

Vous êtes sans doute tenté.e.s de croire que je n'ai retenu que la partie affiches et publicité de ce musée œnologique industriel. Mais je vous assure que ce n'est pas le cas. Cette visite m'a donné envie d'en apprendre davantage sur la filière vitivinicole et sur ce qui fait de cette boisson un élément important dans le patrimoine immatériel de la culture française. Cela fait quelques jours déjà que je me renseigne sur le thème et il y a des informations à foison, ainsi qu'une grande variété d'angles sous lesquels il est possible de l'aborder. Laissez-moi vous dire ceci : que ce soit pour des sujets d'articles ou des inspirations d'illustrations, j'ai les idées qui fusent dans tous les sens.

Vous avez tenu jusqu'ici ? C'est génial ! Voici une petite recette en guise de récompense pour m'avoir lu jusqu'au bout. À savourer lors d'un apéritif, ou après avoir parcouru cet article, qui sait ?

Bonus : Petit cocktail Byrrh Gariguette

Ingrédients :
  • 4 cl Byrrh Grand Quinquina
  • 3 framboises (ou 3 fraises)
  • 2 branches de menthe
  • 1/2 citron jaune frais pressé
  • 4 à 6 cl Sweppes Indian Tonic
Bien sûr, c'est adaptable. En ce qui me concerne, j'ai choisi l'option framboise (un de mes fruits préférés) et sans menthe, parce que je n'en suis pas fan. Sachez que mon but n'est pas de vous inciter à picoler, donc n'abusez pas non plus, n'est-ce pas ? C'est un rappel un peu moralisateur, j'en conviens, mais l'excès d'alcool est dangereux pour la santé. Je vous vois la promo archéologie !

J'espère que ce sujet vous aura plu. Prenez le temps de savourer ce doux nectar, quant à moi, je vous dis à très vite pour le prochain article !

Jody Lou

#musée #sorties&voyages #culturegénérale #patrimoinecatalan

P.S. : N'hésitez pas à aller jeter un coup d'œil sur mon compte Instagram @atelier_de_jodylou pour en découvrirez davantage sur mon univers et être informés des prochains articles à paraître.

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